samedi 30 août 2008

Vendredi 29 août, Tok – Paxson


Après la Dempster j’étais un peu blasé, me disant qu’une fois qu’on a vu le Yukon on a tout vu. Erreur ! L’Alaksa et plus précisément la Richardson Hwy au sud de Fairbanks à de la ressource et peu faire la compétition à la Dempster, mais à vous de juger...

Mais commençons par le début. Excellent petit déjeuner à Fast Eddy’s à Tok avec une reindeer sauge, ça faisait longtemps ! Retour sur le Tok Cutoff où le temps d’éclaircit peu à peu en allant vers l’ouest puis après sur Richardson en direction du nord après Glennalen. Programme de radio exceptionnel ce matin sur NPR (National Public Raio), un physicien théoricien explique du Fermi Lab, très clairement et correctement les enjeux du LHC qui sera mis en route bientôt à Genève au CERN. Les américains reconnaissent que dorénavant la physique des particules, en tout cas pour son volet expérimental a un centre de gravité européen. Le mec explique la découverte probable du boson de Higgs et, croit-il savoir celle de la supersymétrie. Son rêve serait la mise en évidence d’une dimension d’espace supplémentaire. Tout est expliqué fort lucidement et est un exemple de pédagogie grand publique, je suis impressionné.

Les paysages inouïs de l’Alaska, un cours sur la supersymétrie et un peu de musique country style bluegrass, tout pour être euphorique ce matin !

L’autre grande nouvelle ce matin à la radio c’est la nomination de la vice présiente du candidat républicain John McCain. C’est une gouverneur (je ne pense pas qu’on dise gouverneuse ?) de l’Alaska. Sur le bord de la route, une cabane « expresso » joliment décorée avec des fleurs, m’invite à faire une pause. La dame visiblement d’excellente humeur me demande si je suis au courant de la grande nouvelle. Bien sûr, je viens de l’apprendre à la radio ! Visiblement la fierté se lit sur son visage. Dans la confidence elle m’assure que « she is a very smart women ». D’ailleurs toute la journée je n’entendrais que des éloges de cette dame gouverneur de l’Alaska qui un jour siègera à Washington. Dans son enthousiasme et sa fierté primesautière, l’idée qu’on puisse ne pas vouloir voter républicain ne l’effleure même pas !

Plus loin, vers Paxson, le paysage du centre de l’Alaska (Alaska Range et Mt Haynes) se dévoile peu à peu. C’est un paysage alpin superlatif avec des myriades de lacs aux eaux turquoises bordés d’un bush rouge brun. Bon regardez les photos ça sera plus simple ! La météo est très coopérative aujourd’hui et plutôt que de m’arrêter au Paxson Lake comme prévu vers midi, je passe l’après midi sur la Richardson Hwy à faire des photos. Même le Trans Alaska Pipeline possède ici une certaine élégance. J’apprends qu’il est construit en zig-zag pour permettre au différents segments de l’oléoduc de se dilater latéralement et que pour éviter que le pétrole ne gèle, des pompes à chaleur sont installées régulièrement le long des tuyaux.

De nombreux tronçons de la Richardson Hwy, sont en réfection et de ce fait le flux des véhicules est considérablement ralenti. Comme l’explique nombre de panneaux sur les aires de repos, la construction d’une route sur du permafrost est extrêmement délicate et son entretien 10 fois plus coûteux que pour une route normale.

Par cette journée exceptionnellement lumineuse pour le pays, tout le monde semble prendre la chose avec bonne humeur, les touristes en profitent pour descendre de voiture et faire quelques photos alors que les agents chargés de la signalisation ont le sourire et sont visiblement content de pouvoir faire un brin de causette avec les automobilistes de passages. Faut dire qu’ici les jours de pluie il ne doit pas y avoir grand monde.

Camping aux abords du lac Paxson.




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jeudi 28 août 2008

Jeudi 28 août, Dawson [Yukon] – Tok [Alaska]

  • J'ai rajouté un module d'archive de blog sur la droite au-dessus du mini-diaporama.

S’il est une denrée encore plus rare que l’or en ces contrées, c’est une parcelle de ciel bleu. Aujourd’hui pour la première fois de puis longtemps la météo a été clémente, ciel totalement dégagé ce matin sur Dawson. Je me demande à quoi ressemble la Dempster Hwy sous une lumière souriante. Pas sûr que ça soit plus photogénique que les jeux de clair-obscur que j’ai vu durant les deux derniers jours de périple. Ces 800 km de piste boueuse m’ont lessivé, aujourd’hui journée pépère de retour vers Tok en Alaksa, en passant par la Top of The World Hwy que je vois cette fois ci puisqu’il n’y a pas de brouillard. Paysage de collines à perte de vue avec toujours les mêmes patchworks de couleurs automnales qui, de jour en jour, virent vers le jaune pâle. Camping au bord de la rivière Tok près de …Tok !

Lecture du livre de Lee Smolin sur la Loop Quantum Gravity au bord de la rivère qui glougloute agréablement. Selon l’auteur la LQG résout nombre de problèmes fondamentaux qui ont échappés jusqu’ici à la théorie des super cordes. L'argument le plus convaincant est qu'elle prend vraiment au sérieux le message de la relativité générale qui consiste à postuler un espace-temps dynamique. Si le principe anthropique appliqué au paysage de théories des cordes ne me choque pas et même me semble plutôt dans l'ordre des choses, contrairement à ce que pense Smolin, la capacité prédictive de la LQG est effectivement très séduisante. En plus, les mathématiques semblent plus accessibles à un physicien théoricien « normal » que celles de la théorie des cordes. Peut-être que je vais m’y mettre après la théorie des champs conformes.

Bon, le dernier paragraphe est peut-être un peu off-topic, mais c'est ce qui a occupé une bonnes partie de mes pensées aujourd'hui'hui...




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mercredi 27 août 2008

Mercredi 27 août, Eagle Plains – Cercle Polaire – Dawson


Le sac de couchage passe le test des -2°C sans problèmes.

Faire l’intégralité de la Dempster jusqu’à Inuvick serait déraisonnable mais je ne vais quand même pas m’arrêter en si bon chemin. Allons au moins jusqu’au cercle polaire (66° 33’ de latitude nord) qui n’est qu’à quelques dizaines de kilomètres histoire de pouvoir dire « je l’ai fait ! ». Sur le passage de la fameuse ligne imaginaire il souffle un vent... polaire et me voilà transit malgré ma veste en goretex high tech. Vite retourner dans la voiture et mettre le chauffage à fond. Bon, aller encore quelques kilomètres. Le paysage se fait de plus en plus désolé, les arbres sont rabougris, la toundra est rouge et les montagnes alentour sont nues. Il faudra bien s’arrêter. Mais c’est dûr, m'arrêter ici me laisse un goût d’inachevé malgré les paysages fantastiques déjà traversés J’aimerai aller jusqu’au bout, jusqu’à Inuvick et même jusqu’à Tuktpyaktuk sur la piste gelée. Juste pour voir, pour savoir comment fini cette route de l’impossible. Pour voir la fin du continent, l’Océan Arctique, les ours polaires. C’est avec un vrai pincement de cœur que je m’arrête après un dernier col. Mais pourquoi ici ? Pourquoi pas 10km plus loin ? Je me fais une raison en me disant que cette route de rêve se terminera en rêve. Fort McPherson et la traversée du McKenzie en bac resteront dans mon imaginaire, c’est peut-être pas plus mal comme ça. Cela dit, une fois rentré, j’ai bien l’intention de passer une ou deux soirées sur Google Earth à faire la fin de la route !

On pourrait croire qu’il est lassant de refaire le même chemin à l’envers. En fait, pour la Dempster, il n’en est rien. Les paysages sont nouveaux car ils apparaissent sous un autre angle et une autre lumière. Sur plus de 150km la route traverse des territoires appartenant aujourd’hui encore à des tribus autochtones. Les excités de la gâchette qui veulent chasser le caribou doivent d’ailleurs obtenir de leur part une autorisation expresse. Durant des millénaires des tribus ont habités ces immensités c’est à peine croyable. En fait depuis la dernière ère glacière l’endroit a été occupé en continu. Au début du 20ème siècle les chercheurs d’or et la police montée de l’époque (Dempster est le nom d’un des premiers officiers ayant patrouiller dans ces confins pour y faire régner la loi) n’ont eu comme seul recours pour trouver leur chemin que de faire appel ces indigènes qui leur ont servi de guide. Les panneaux explicatif raconte des histoires terrifiantes de patrouilles perdues et dont tous les membres sont mort de froid et d’épuisement en essayant de rejoindre Dawson depuis McPherson en 1903.

Je regrette toutefois de ne pas pouvoir assister au spectacle de la migration des caribous. Normalement, ceux-ci traversent pourtant la Dempster à cette période de l’année.

Le paysage avant l’arrivée au North Fork Pass est grisant. On dirait les hauts plateau tibétain. Les roads trains roulent comme des malades et je m’écarte désormais pour les laisser passer de peur qu’ils n’explosent mon pare-brise. La voiture pour l’instant est intact mais dans un état de saleté difficile à décrire, impossible de la rendre dans cet état.

Dans un prospectus je suis tombé sur un chiffre que j’ai trouvé incroyable : le nombre d’habitants du Yukon est de 32'000 (trente deux mille). Incroyable ! Le nombre d’habitant de la Tour Montparnasse répartit dans cet infini. Dawson compte un peu plus 1200 âmes et Whitehorse, la grande ville du Yukon 22'000 !

Voilà, après toutes ces émotions nuit au Downtown Hotel à Dawson que j’attends vers 20h, heure locale (19h heure d’Alaska avec laquelle je continue de vivre).




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